L’Euro à 1.1 contre CHF et alors ?

Plusieurs personnes m’ont félicité de ma prévision de cours de change à 1.1 pour l’euro contre le CHF (prononcée alors que le cours était de 1.45 – 1.5). Et Maintenant ?

Il est temps de fournir quelques détails, explications, articles, graphiques etc. avant de poursuivre.

Tout d’abord le graphique de l’euro contre CHF (source Reuters):

et 2 derniers jours (nouvelle intervention dès ce matin ?)

La BNS n’a pas fait de commentaire sur une possible intervention. Le Franc suisse c’est déprécié fortement contre toutes les monnaies du monde ces derniers jours après avoir touché la parité contre euro. Je crois grandement qu’une intervention de la BNS a été orchestrée.

A mon avis, l’espoir (ou la volonté non affichée) semble être: Parvenir à faire remonter l’euro vers 1,2 et ensuite d’annoncer son arrimage à la monnaie unique.

C’est possible à réaliser, mais…

  1. Tout d’abord, il faudra acheter massivement de l’euro (ou vendre massivement du franc suisse) afin d’obtenir le cours désiré.
  2. Il faut ensuite faire une annonce (un décret ? une loi ? appelez cela comme vous voulez qui fixe la parité euro/chf à 1,20
  3. Il faut défendre cette parité coûte que coûte. Cela signifie simplement acheter de l’euro dès qu’il est à 1.1990 et vendre de l’euro dès qu’il est à 1,2010, ceci en permanence
  4. Il faut donc avoir un interventionnisme permanent sur la paire de devises et cela aura un coût énorme à terme. Cette stratégie n’est pas viable à long terme et l’Argentine (en arrimant son Pesos au USD) en avait fait l’amère expérience

J’ai des propositions beaucoup plus décalées pour affaiblir le CHF

  1. Augmenter l’endettement de la Suisse au même niveau que les pays européens et américain….soit 100% du PIB (en résumé ne plus être le moins mauvais (ou le meilleur selon la perception que l’on affiche de la dette suisse))
  2. Instaurer des taux d’intérêts négatifs (la plus plausible) sur les comptes courants (pour les non-résidents). Problème de taille, le cash CHF se déplacera probablement sur les obligations qui- à force d’être achetées – offriront finalement un rendement négatif (hausse du cours des obligations), puis le cash ira sur les actions suisses (dont certaines possèdent des P/E de 4 et des rendements au dividende de 3-4% annuels. Nestlé par exemple ou Kudelski, pour autant que les bénéfices restent stables) ou sur de l’immobilier.
  3. Laisser UBS ou Credit Suisse faire faillite (intérêt national de les maintenir en vie sinon la Suisse est à genoux. UBS + CS = 7x le PIB suisse), ce qui fera s’écrouler le CHF (pas souhaitable du tout !)
  4. Acheter massivement de l’euro ou du USD (je parle de milliers de milliards) en espérant que cela aura un impact. De toute manière les comptes de la BNS seront  dans le rouge et la BNS imprimera de la monnaie de singe aussi (c’est ce qui arrive). Problème, cet afflux de liquidité va provoquer un problème d’inflation en Suisse par la suite.
  5. Adhérer à l’EU…..(eu…là je crois qu’aujourd’hui le peuple voterait massivement contre..)

En tout cas, c’est silence radio de la part du gouvernement et de la BNS (d’ailleurs je ferait de même si j’étais à leurs places)

Je vous livre quelques articles:

l’euro dépasse brièvement 1-09 franc (suite à l’intervention, on verra cela dans les comptes de la BNS)

La BNS prend de nouvelles mesures pour enrayer le franc fort

La Suisse doit-elle plus investir pour s’en sortir

Alors que faire me direz vous ?

Etant donné la forte volatilité de la monnaie à cause d’interventions, je ne prendrais pas de position actuellement en CHF pour des investisseurs qui n’en détiennent pas car il se peut que le CHF s’affaiblisse encore.

Pour ceux qui sont déjà investis, je garderai la position.

A court terme, la chute de l’euro était terminale (tout le monde en parle, les journaux), mais je ne vois pas ce qui a changé en quelques jours dans les économies mondiales. A court terrme l’euro peut remonter assez fort. On va voir ce qui va se passer à plus long terme.

Malheureusement (ou heureusement) la Suisse est un petit pays, maniable et flexible, mais il n’a pas la capacité de contrer avec sa BNS les flux de capitaux mondiaux.

Si les chinois, américains, européens veulent acheter du CHF (ou plutôt vendre leurs monnaies respectives), la seule possibilité offerte à la Suisse sera de les décourager et non de lutter contre cet afflux de capitaux.

 

 

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