La BNS devra rendre des comptes

J’avais parlé de la possibilité de fixer un plancher de cours pour l’euro à 1,20 ou d’arrimer le franc suisse à l’euro.

Ce matin la BNS a donc tranché en faveur du plancher à 1,20 à défendre coûte que coûte avec selon le communiqué tous les moyens nécessaires et illimités.

Voici le communiqué de la BNS: BNS communique pre_20110906.fr

Et la presse, les syndicats applaudissent à tout rompre, le commun des mortels qui ne s’y intéresse pas croît que les décisions sont de toute manière prises par des gens qui “savent ce qu’ils font” et moi je pleure (heureusement je ne suis pas le seul dans cet état).

Par chance mon blog est un espace de liberté et après avoir réfléchi, analysé cette décision, il me vient des idées, des conclusions et une prise de position. Exceptionnellement les commentaires sont ouverts, car le sujet est important (pour autant qu’ils concernent le sujet).

Je suis fâché, oui vous avez lu, je suis fâché.

Désormais, la Suisse au travers de la BNS acquiert de l’euro jusqu’à 1.20.

Croyez vous que l’euro va remonter à 1.4, voire 1.60?

En ce qui me concerne, je n’y crois pas, car la mise en place d’un plancher va créer une nouveau sport: L’arbitrage devise Euro/CHF, à savoir que dans le marché il y a une donnée certaine: La BNS vous rachète votre euro à 1,2 quoiqu’il arrive !

Toutes les idées se bousculent dans ma tête et je vous les livre en bloc.

  1. Que va-t-il se passer si la zone euro explose et que l’euro s’écroule ?  Ou si l’Allemagne sort de l’euro, ou si les pays de la zone euro font faillite. La BNS va-t-elle acheter de l’euro comme une folle et va faire s’écrouler le franc suisse de concert ? Il va dès lors falloir rendre des comptes aux citoyens suisses et leur expliquer pourquoi la BNS est en faillite ou en difficulté. Je tiens à faire remarquer que la BNS est une S.A. dont les actionnaires sont les cantons pour 1/3, les banques cantonales pour 1/3 et les particuliers pour 1/3. La confédération n’est pas actionnaire. En conséquence, il faudra – en cas de gros problèmes – que les actionnaires passent à la caisse et très certainement les contribuables. (ici mon article: “N’est pas la FED qui veut !”). Les grands argentiers des cantons vont devoir se préparer à avoir un sacré trou dans leurs budgets, eux qui se plaignent déjà de ne probablement plus recevoir le dividende de la BNS qu’ils considèrent comme acquis: (relire mon article: http://blog.crottaz-finance.ch/?p=6446)
  2. Les nations qui ont essayé de défendre leurs monnaies ont lamentablement échoué! L’Angleterre et sa livre (attaquée) :1992 George Soros fait chuter la livre et l’Argentine et sa parité avec le USD:  crise Argentine (SI L’HISTOIRE DOIT NOUS SERVIR DE GUIDE…)
  3. Finalement en achetant de l’euro à tour de bras (on a vu le succès de la BNS depuis 1,43 euros…) on renfloue la Grèce et la zone euro. Nous sommes en train d’acheter des dettes pourries ! Est-ce vraiment légal ? Ne doit-on pas demander au peuple ce qu’il en pense ?
  4. La BNS a pris cette décision seule: La Banque centrale européenne (BCE) a dit qu’elle avait pris note de la  décision de la BNS qui a été prise “sous sa propre responsabilité“, a précisé le conseil dans un communiqué. C’est la première fois qua le BCE commente directement les efforts de la BNS pour limiter la force du franc.
  5. Le Conseil Fédéral laisse la responsabilité de cette opération à la BNS. C’est le délire M. Hildebrand est devenu ce matin le roi des suisses ? Le roi soleil ?
  6. Et si tout cela n’était qu’une manoeuvre déguisée ? Certains ministres qui forment le conseil fédéral n’ont depuis longtemps qu’une seule idée en tête: Adhérer à la zone euro. Le peuple s’est déjà prononcé plusieurs fois contre cette adhésion. Et si on mettait la Suisse dans une position qui fait qu’elle ne peut plus revenir en arrière, à savoir être tellement liée à la zone euro qu’on ne peut plus faire autre chose que de se plier au dictat de Bruxelles.
  7. Que va-t-il se passer maintenant  ? Dans l’immédiat deux problèmes (je cite un ami avec lequel je suis d’accord)
  • “Le capital de la BNS a fondu comme neige au soleil ces derniers mois, à cause des pertes qu’elle a subies sur le marché des changes en voulant lutter, sans aucun succès, contre l’appréciation du franc contre l’Euro. Pour mémoire, son capital était de 66 milliards de francs à la fin 2009 contre 16 à fin juillet dernier. De nouvelles pertes, inévitables si la pression sur l’Euro ne cesse pas par enchantement, et la BNS devra être re-capitalisée. Qui passera à la caisse ? La Confédération (et les Cantons ?), donc vous et moi contribuables et consommateurs via les impôts, TVA et autres taxes que nous payons. L’Europe et l’Euro sont dans la mouise, mettons la Suisse et son franc dans la mouise aussi ! Voilà le message, un message de nivellement par le bas. D’ailleurs, quand la BNS parle de créer de l’argent en “quantité illimitée”, elle a quand même une limite : sa taille. L’institut a vu son bilan croître par un facteur de 2.3 depuis fin 2005, principalement par la création de monnaie à partir de rien. Avec un bilan passé à 250 milliards à fin juillet dernier, cela
    représente près de 50% du PIB suisse ! Impossible de continuer ainsi bien longtemps sans ruiner complètement le pays ! La BNS fait donc un pari dangereux.
  • L’autre problème majeur se fera sentir plus tard. Ces énormes injections monétaires ont le grand risque de provoquer de l’inflation à terme comme cela a été le cas dans les années 70 (où notre chère BNS avait pris une décision similaire). L’inflation a alors provoqué une hausse des prix, donc une baisse de notre pouvoir d’achat, ainsi qu’une hausse des taux d’intérêts. Ainsi, en se focalisant sur le court terme et essayer de sauver quelques emplois (nos exportateurs souffrent de cette hausse du franc), la BNS a décidé de sacrifier le futur et faire payer tout le monde. Cette hausse des prix et des taux d’intérêts auront de fâcheuses conséquences pour tout le monde je le répète. Une baisse du pouvoir d’achat de tous les habitants, des problèmes de compétitivité pour nos entreprises (et exportateurs aussi qu’elle essaye d’aider), des problèmes accrus de financement pour les entreprises et particuliers (les taux hypothécaires seront plus élevés), un chômage plus élevé, etc. Bref, on se rapprochera ainsi des conditions que vivent les autres pays européens. On nous forcera probablement ainsi à entrer dans la zone Euro alors que le peuple suisse s’y est refusé et s’y refuse toujours.” fin de citation.

En résumé: “Un jour noir pour la Suisse”.

Le cours de change s’est, bien entendu, approché des 1.20. La BNS espère probablement que le cours ira plus haut (par quel miracle ? il faudrait que les conditions économiques de la zone euro soient bonnes, ce qui n’est, de toute évidence, pas le cas) pour vendre les euros accumulés.

Ma vision est que le cours va rester vers les 1.2 – le fameux plancher – et que le marché va commencer à tester la solidité de ce plancher en lui tapant bien fort dessus. A chaque passage au-dessous de 1.2, le BNS achète de l’euro, pour combien de temps ? Telle est la question.

On se fige sur ce cadavre, on s’arrime au Titanic, la BNS est dos au mur et ne voudra pas revenir en arrière sauf si on l’y contraint.

 

 

 

 

   Envoyer l'article en PDF