Licenciements ? On applaudit bien fort

La presse et les quotidiens suisses relatent les annonces de licenciement:

UBS 10’000 dont 2500 en suisse et on parle de 20’000 emplois qui vont passer à la trappe dans le secteur bancaire

Lonza 500

Swisscom 400

etc.

Au sujet d’UBS, madame Evelyne Widmer-Schlumpf s’en réjouit, car la banque devait maigrir, mais que c’est triste pour les personne licenciées. Ainsi soit-il !

Applaudissements :

Madame la conseillière fédérale, avez-vous une vision ? Comment se réjouir de licenciements ? Facile ! C’est le contribuable qui va payer.

Je peux d’ores et déjà vous annoncer que les finances de l’assurance chômage ont du souci à se faire.

Je vous rappelle l’excellent article de Sébastien Roten à ce sujetL’assurance chômage suisse en futur danger

C’est comme dire que l’ouragan Sandy va relancer l’économie, théorie fumeuse à laquelle je n’adhère pas. Quand c’est cassé, c’est cassé point barre !

 

Certains devraient relire Frédéric Bastiat: La vitre cassé (ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas)

 

La Vitre cassée

Avez-vous jamais été témoin de la fureur du bon bourgeois Jacques Bonhomme, quand son fils terrible est parvenu à casser un carreau de vitre? Si vous avez assisté à ce spectacle, à coup sûr vous aurez aussi constaté que tous les assistants, fussent-ils trente, semblent s’être donné le mot pour offrir au propriétaire infortuné cette consolation uniforme:« À quelque chose malheur est bon. De tels accidents font aller l’industrie. Il faut que tout le monde vive. Que deviendraient les vitriers, si l’on ne cassait jamais de vitres? »

Or, il y a dans cette formule de condoléance toute une théorie, qu’il est bon de surprendre flagrante delicto, dans ce cas très-simple, attendu que c’est exactement la même que celle qui, par malheur, régit la plupart de nos institutions économiques.

À supposer qu’il faille dépenser six francs pour réparer le dommage, si l’on veut dire que l’accident fait arriver six francs à l’industrie vitrière, qu’il encourage dans la mesure de six francs la susdite industrie, je l’accorde, je ne conteste en aucune façon, on raisonne juste. Le vitrier va venir, il fera besogne, touchera six francs, se frottera les mains et bénira de son cœur l’enfant terrible.C’est ce qu’on voit.

Mais si, par voie de déduction, on arrive à conclure, comme on le fait trop souvent, qu’il est bon qu’on casse les vitres, que cela fait circuler l’argent, qu’il en résulte un encouragement pour l’industrie en général, je suis obligé de m’écrier: halte-là! Votre théorie s’arrête à ce qu’on voit, elle ne tient pas compte de ce qu’on ne voit pas.

On ne voit pas que, puisque notre bourgeois a dépensé six francs à une chose, il ne pourra plus les dépenser à une autre.On ne voit pas que s’il n’eût pas eu de vitre à remplacer, il eût remplacé, par exemple, ses souliers éculés ou mis un livre de plus dans sa bibliothèque. Bref, il aurait fait de ses six francs un emploi quelconque qu’il ne fera pas.

Faisons donc le compte de l’industrie en général.

La vitre étant cassée, l’industrie vitrière est encouragée dans la mesure de six francs;c’est ce qu’on voit.

Si la vitre n’eût pas été cassée, l’industrie cordonnière (ou toute autre) eût été encouragée dans la mesure de six francs;c’est ce qu’on ne voit pas.

Et si l’on prenait en considération ce qu’on ne voit pas, parce que c’est un fait négatif, aussi bien que ce que l’on voit, parce que c’est un fait positif, on comprendrait qu’il n’y a aucun intérêt pour l’industrie en général, ou pour l’ensemble du travail national, à ce que des vitres se cassent ou ne se cassent pas.

Faisons maintenant le compte de Jacques Bonhomme.

Dans la première hypothèse, celle de la vitre cassée, il dépense six francs, et a, ni plus ni moins que devant, la jouissance d’une vitre.

Dans la seconde, celle où l’accident ne fût pas arrivé, il aurait dépensé six francs en chaussure et aurait eu tout à la fois la jouissance d’une paire de souliers et celle d’une vitre.

Or, comme Jacques Bonhomme fait partie de la société, il faut conclure de là que, considérée dans son ensemble, et toute balance faite de ses travaux et de ses jouissances, elle a perdu la valeur de la vitre cassée.

Par où, en généralisant, nous arrivons à cette conclusion inattendue:« la société perd la valeur des objets inutilement détruits, »— et à cet aphorisme qui fera dresser les cheveux sur la tête des protectionnistes:« Casser, briser, dissiper, ce n’est pas encourager le travail national, »ou plus brièvement:« destruction n’est pas profit. »

Que direz-vous, Moniteur industriel, que direz-vous, adeptes de ce bon M. de Saint-Chamans, qui a calculé avec tant de précision ce que l’industrie gagnerait à l’incendie de Paris, à raison des maisons qu’il faudrait reconstruire?

Je suis fâché de déranger ses ingénieux calculs, d’autant qu’il en a fait passer l’esprit dans notre législation. Mais je le prie de les recommencer, en faisant entrer en ligne de compte ce qu’on ne voit pas à côté de ce qu’on voit.

Il faut que le lecteur s’attache à bien constater qu’il n’y a pas seulement deux personnages, mais trois dans le petit drame que j’ai soumis à son attention. L’un, Jacques Bonhomme, représente le Consommateur, réduit par la destruction à une jouissance au lieu de deux. L’autre, sous la figure du Vitrier, nous montre le Producteur dont l’accident encourage l’industrie. Le troisième est le Cordonnier (ou tout autre industriel) dont le travail est découragé d’autant par la même cause. C’est ce troisième personnage qu’on tient toujours dans l’ombre et qui, personnifiant ce qu’on ne voit pas, est un élément nécessaire du problème. C’est lui qui bientôt nous enseignera qu’il n’est pas moins absurde de voir un profit dans une restriction, laquelle n’est après tout qu’une destruction partielle.— Aussi, allez au fond de tous les arguments qu’on fait valoir en sa faveur, vous n’y trouverez que la paraphrase de ce dicton vulgaire:« Que deviendraient les vitriers, si l’on ne cassait jamais de vitres? »

 

 

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10 réflexions au sujet de « Licenciements ? On applaudit bien fort »

  • 2 novembre 2012 à 14 h 59 min
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    Le problème, c’est qu’une entreprise n’a pas pour but de créer des emplois, mais des biens ou des services. L’état devrait permettre la création d’entreprises plutôt que d’empêcher les industries de débaucher du personnel ; ce qui est sain. Soit l’industrie perd des part de marché, soit elle travaille mieux avec moins de personnel. On devrait alors se réjouir de disposer de plus de main-d’oeuvre pour créer autrement et ailleurs, mais l’état, dans sa vision figée des choses, préfère que chacun garde son personnel ou en utilise de plus en plus, quelle que soit sa situation.
    L’état a une mentalité de dinosaure : toujours plus grand, toujours moins efficace. il devrait se méfier.
    D’ici qu’il disparaisse…

    Quant à la vitre brisée très utile, on ne peut pas circonscrire la bêtise. Créer de la valeur en détruisant, il faut être idiot pour le croire. C’est une perte, point.

  • 2 novembre 2012 à 16 h 23 min
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    Madame Evelyne Widmer-Schlumpf n’en est pas à son coup d’essai, il suffisait de voir sa réaction quant à la diffusion des listes de personnes travaillant pour les banques à l’administration américaine. Mais que fait cette dame au conseil???? On dirait qu’elle s’assoie sur tout…

  • 2 novembre 2012 à 17 h 32 min
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    Vitre cassée,ce qu’on voit,ce qu’on ne voit pas.
    Très vrai….mais l’obsolescence progammée de tous les appareils sur lesquels nous tapottons….c’est quoi? de ce qu’on voit ou de ce qu’on ne voit pas?

  • 3 novembre 2012 à 9 h 22 min
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    La question pourrait se poser différemment : Si SwissRe gagne 1 milliard de francs, redistribué aux actionnaires, le même milliard versé pour payer une catastrophe naturelle ne va-t-il pas plus profiter à l’économie réelle ? (je ne suis pas en train de me réjouir du malheur des autres, bien au contraire)
    Mais notre crise n’est elle pas aussi une crise de l’argent qui dort ? Essayez d’aller fonder une petite PME et demandez un crédit dans l’une de nos grandes banques…

  • 3 novembre 2012 à 9 h 55 min
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    Hé non Laurent, déshabiller Pierre pour habiller Jean ne créée rien..
    Bastiat c’est la base. A lire sans modération

    Au suje des banques, effectivement, l’argent dort pour plusieurs raison dont la principale est le ratio de fonds propres de Bâle III. Si la banque prête elle affaiblit son ratio. Tout simple.

  • 3 novembre 2012 à 12 h 14 min
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    Il ne faut jamais se réjouir du malheur des employés, mais en suisse nous avons de la chance quand même, un taux de chômage très bas malgré un franc très fort. Des couvertures sociales de très bonnes qualités et depuis peu une assurance complémentaire chômage We Club qui permet d’assurer 100 % de son revenu si malheureusement on est licencié. La suisse est un pays merveilleux !

  • 3 novembre 2012 à 15 h 13 min
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    J’ai des amis qui travaillent dans au sein du groupe UBS. Mes pensées sont pour eux à l’instant où j’écris ces lignes. Cependant, aucune larme ne sera versée pour les licenciements dans la banque d’investissement d’UBS. Pourquoi conserver une unité qui ne rapporte rien et qui coûte un maximum ? De plus, il ne faudrait pas passer sous silence que cette unité a fait passer notre pays au bord d’un grand trou, que le contribuable a avancé 6 milliard à ces génies – il est vrai pour en gagner un si ma mémoire est bonne – et que plus de 50 milliards d’actifs pourris furent extraits de son bilan pour donner naissance au stabfund géré par la BNS. C’est le défaut de condamnation qui me donnerait à pleurer, au même titre que les anciens dirigeants de Swissair ou d’ABB.
    UBS représente un véritable risque systémique pour notre pays. Seul un régime minceur drastique lui permettra – peut-être – de retrouver une ligne. Alors les licenciés de New York, Londres, Singapour et d’ailleurs ne m’inspirent aucune empathie.
    Quand bien même mon opinion personnelle sur Madame la Conseillère fédérale ne soit pas très bonne, je partage pleinement sa réjouissance. Je trouve par ailleurs inélégant d’aglomérer les licenciements UBS à ceux de Lonza, sa réjouissance ne portant que sur les premier, et leurs causes étant bien différentes.
    In fine, la banque ne paie aucun impôts, ce qui n’est pas le cas de la grande majorité de ses clients…

  • 3 novembre 2012 à 15 h 29 min
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    La banque d’affaire a aussi rapporté beaucoup d’impôts à la suisse et il n’y a pas que des employés qui gagnent des millions dans cette unité, mais aussi des gens modestes qui vont perdre leur travail et se retrouver au chômage.

  • 3 novembre 2012 à 16 h 08 min
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    Ceux qui paient les pots cassés ne sont pas les justes responsables

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