L’hiver de Nikolai Dmyitriyevich Kondratieff (1892-1938)

Le professeur Kondratieff est un homme peu connu.

kondratieff

Il le sera peut-être beaucoup plus prochainement.

Ses idées ont commencé à changer radicalement la perception de l’histoire économique. De ses études est sorti une théorie qui, aujourd’hui, prend tout son sens. Il a découvert des cycles (appelé de Kondratieff) qui comportent des vagues et passent par 4 phases.

  1. Le printemps (inflation bénéfique)
  2. L’été (stagflation)
  3. L’automne (déflation bénéfique)
  4. L’hiver (déflation)

Depuis le dernier cycle de Kondratieff, qui a pris fin vers 1949, nous avons assisté à l’inflation bénéfique de 1949 à 1966, une stagflation de 1966 à 1982, une déflation bénéfique de 1982 à 2000 et en accord avec Professeur  Kondratieff, nous entrons aujourd’hui en hiver, un cycle de déflation qui amènera à la dépression.

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Histoire (très abregée): Juste après la révolution russe de 1917, Kondratieff a aidé à développer le premier “soviet five-year plan” et s’est employé à déterminer les paramètres qui stimulent la croissance économique soviétique. Les conclusions de ses études se trouvent dans le document “kwave1“. Il devait prouver que le capitalisme ne marchait pas et il est arrivé à la conclusion qu’il se relève après la dépression…….

Sa théorie des cycles a remis en question les thèses marxistes projetant la chute du monde de production capitaliste.

Aussi son rapport a été considéré comme une critique des intentions de Staline pour la collectivisation de l’agriculture. Ainsi, peu de temps après, il fût licencié de son poste de directeur de l’institut d’étude de l’activité économique en 1928, arrêté en 1930 et condamné au goulag. En 1938 sa peine fût commuée en peine de mort. En anglais pour plus de détails http://en.wikipedia.org/wiki/Nikolai_Kondratiev.

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Sa théorie était articulée ainsi.

Le Printemps (Croissance inflationniste): Le postulat est que l’inflation est une partie inévitable de la croissance. Le gouvernement devient passif. Cette inflation part d’une base économique déprimée et se développe petit à petit. L’interaction entre les intervenants de l’économie entraîne la richesse, de l’épargne et de biens d’équipements destinés à être accumulés pour l’avenir. L’expansion de la production de richesse engendre une hausse des prix. Historiquement une phase de croissance nécessite 25 ans.

L’Eté (stagflation): La croissance atteint ses limites. L’excédent de capital produit une pénurie de ressources et l’économie entre dans une période de stagflation. L’atmosphère de richesse engendre un changement d’attitude envers le travail. L’économie atteint des limites d’efficacité (devient inefficace). Les déséquilibres déclenchent des guerres (ex 1812, première guerre mondiale, Vietnam). Apparaît une baisse de production, une augmentation du chômage. Cette première récession est de courte durée.

L’Automne (croissance déflationniste): La première récession crée un déséquilibre. La hausse rapide des prix et les changements dans la production corrigent ce déséquilibre (temporairement). La croissance des 30 dernières années, l’humeur de consommation déclenche une période de croissance plate et une douce prospérité. Les excès d’une guerre impopulaire et le libéralisme causent une réaction populaire envers la stabilité et la normalité. Un sentiment d’isolement s’installe. Cette période se déroule en général sur un plateau de 7 à 10 ans et est caractérisée par une croissance industrielle sélective, le développement d’idées nouvelles (technologiques et sociales) et un fort sentiment de richesse qui se termine par un sentiment d’euphorie. Le gonflement de la structure des prix de la première récession, ajouté au désir de consommation, produit une augmentation rapide des dettes. Finalement la consommation de richesse s’étend au delà de toute limite et l’économie plonge dans une récession sévère et prolongée.

L’Hiver (dépression): Les excès du plateau automnal engendrent un écroulement de la structure de prix. L’épuisement des forces accumulées plonge l’économie dans une période de retranchement aigu. En général, la dépression secondaire s’engage dans un effondrement de 3 ans, suivi de 15 ans de déflation. M.Kondratieff voit les dépressions comme un nettoyage des excès passés et une base pour une croissance future. C’est une période d’innovation technologique qui conduira à la reprise.

Si on transpose Kondratieff et sa théorie sur l’indice  Down Jones actuel, on peut anticiper que ce dernier devrait descendre  de 60% depuis les hauts soit environ 5’000 points (voire à mille points pour les plus négatifs !). L’hiver est une période délicate et dangereuse. Une des caractéristiques des plus intrigantes de l’onde en hiver est l’accumulation de forces sombres qui sont de natures religieuses: Dans les années 30 on a assisté à la montée du nazisme qui a conduit à la seconde guerre mondiale. La génération précédente a vu la montée du Klu klux Klan en réaction à la perte de la guerre civile et aujourd’hui c’est une guerre contre le terrorisme religieux. Nous sommes entrés dans une onde à la baisse qui pourrait durer 9 à 20 ans.

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9 réflexions au sujet de « L’hiver de Nikolai Dmyitriyevich Kondratieff (1892-1938) »

  • 30 mars 2009 à 19 h 18 min
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    Je tiens à féliciter M. Crottaz d’avoir présenté les cycles de Kondratieff.
    Néanmoins, je pense qu’il est de rigueur scientifique de présenter quelques compléments:
    Les applications des cycles de Kondratieff (cycles de 50 ans concernant le niveau général des prix – 25 ans de hausse et 25 ans de baisse) obtiennent un regain d’intérêt en période de crise, (déja en 1970…), néanmoins ces implications en matière de croissance économique restent obscurs. Ces mouvement de 1814 à aujourd’hui constituent-ils de véritables cycles ayant une signification économique? Voyons plutôt:

    -la hausse de 1848-1873 n’a pas eu le meme profil en GB, en France et aux Etats-unis. (GB hausse rapide puis plateau, France hausse rapide puis décroissance continue à partir de 1860 et aux USA 1861-1865 correspond à la guerre de sécession). Il n’y a donc pas de symétrie de période de hausse et de baisse…
    De plus la tendance de tout le XIXème est une tendance baissière…
    Schumpeter et Cassel ont néanmoins chercher des mécanismes de retournements sans y parvenir. L’un lié aux phases industriels et l’autre lié à la production d’or… (je ne m’étalerai pas la dessus, sauf si besoins est. ;-))
    Néanmoins, une question subsite chez Kondratieff. La question du rapport entre niveaux des prix et croissance de la production. Kondratieff cherchait à établir un lien entre l’accroissement des prix et la croissance un produit national et 2 mécanismes aurait dû jouer dans le même sens :

    – un mécanisme réel :la mise en activité des gisements d’or qui provoque un accroissement des exportations, créeant un accroissement des revenus et donc de la demande interne.
    – un mécanisme monétaire : L’accroissement de l’or en circulation provoque un accroissement de la masse monétaire. Les tx d’escompte baisse et donc les taux d’intérêt suivent ce qui accroit l’investissement…

    Cependant, premièrement, l’or n’est que l’une des composante de la masse monétaire des grands pays et son importance relative tend à diminuer aux cours du XIXème dans les paiements intérieurs. Deuxièmement, d’autres phénomènes affectent la hausse des prix. La période de 1814-1896 est marqué par les guerres napoléonniennes, d’une part, puis de sécession, d’autre part. Cette période est également marquée par l’accroissement de la production agricole due à la production des “pays neufs” et au libre-échange. Ainsi l’explication unilatéral de Kondratieff sur les mouvements des prix semble impossible.

    Ce qu’on observe, seulement, c’est qu’un allongement des phases d’expansion en période de hausse des prix (phase A)et allongement des phases de dépression en période de baisse des prix (phase B). Albert Aftalion, en 1913, écrit que le mouvement de longue durée prolonge le mouvement cyclique (cycle de Juglar) qui s’effectue dans le même sens et écourte le mouvement qui s’effectue en sens contraire. Néanmoins en période B, on ne peut pas conclure à un fléchissement de la croissance. il existe des période de fortes croissances inscrites dans ces périodes… De plus, quand Kondratieff examine la liaison prix-production, 10 de ces 21 séries statistiques n’ont pas le comportement attendu. Mais surtout, on observe que la tendance de fond est à la baisse durant tout le XIXème en GB, peu importe les évolutions de prix. Pourtant pour l’allemagne, le contraire se produit… On ne peut donc pas conclure à un rapport logique entre hausse des prix et croissance soutenue, à la différence de ce qui ce passait dans l’Ancien Regime (avant la révolution industrielle.
    Ne posons pas de conclusions hâtives dans ces période de crise où tout est bon pour argumenter simplement… Analysons tous les faits.

    J’espère vous avoir éclairé quelques peu.

    despont_olivier@hotmail.com

  • 30 mars 2009 à 19 h 53 min
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    d’un Olivier à un autre Olivier. Merci !

  • 30 mars 2009 à 22 h 43 min
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    Conclusion merci les 2 Olivier(s). Je connaissais la théorie de Kondratieff que j’avais lue sur un document émis par Leonard Sartoni (je crois), puis Mostafa Belkhayate. L’ennuyeux dans ces analyses c’est qu’elles ne nous expliquent les faits qu’ à posteriori. En ce moment tout le monde pense que nous sommes en hiver, mais personne ne s’est aventuré à déclarer que nous avons franchi le solstice en septembre 2000 plutôt qu’en août 2007. Il y a eu pourtant de fortes gelées entre Septembre 2000 et mars 2003. Quid de l’équinoxe ?
    Ce n’est pas facile à déterminer. Mais c’est sûr le baro n’est pas calé sur “beau temps”

  • 31 mars 2009 à 9 h 05 min
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    Bonjour emile, magnifique intervention qui me fait chaud au cour et non froiddans le dos et qui éclaire ma journée d’un beau rayon printanier. Après l’hiver viendra le printemps et c’est l’éternel recommencement. c’est le cycle de la vie !
    belle journée

  • 31 mars 2009 à 13 h 58 min
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    J’apprécie depuis longtemps les cycles de M.Kondratieff, mais comme Nostradamus, les analyses de ses disciples sont diverses sur le top départ des cycles. F.X Chevallier voit plutôt la période actuelle comme celle des 30 glorieuses (soit une période prospère jusqu’en 2025 !). Etant donné que comme toutes prédictions, nous serons laquelle sera la bonne par la suite, je reste optimiste, même si la prospérité se déplace vers d’autres contrées (quoiqu’on vit en moyenne bien mieux que ces pays pour l’instant).
    Pas de guerre mondiale ou d’épidémie à l’horizon, pas de remise en cause du système capitaliste (sauf à la marge) et du commerce mondiale (je n’ai pas dit libre échange, qui est un mythe).
    Ceci dit, un bon système n’existe que quand il remporte l’adhésion du plus grand nombre sur le long terme et que la majorité peut croire à “des lendemains qui chantent” (Kondratieff a travaillé à la planification sous Staline). Ce n’est plus le cas en Europe. Par contre, aux USA, les traders (qui restent) sont sur le Top départ aux bonne affaires.
    Lors de la crise asiatique (ce que nous subissons, en France, n’est rien par rapport à ce qu’a subi l’Asie), les pays sont sorti par le haut avec un remède de cheval sur l’emploi, les investissement et la monnaie (tout en restant fragile : cf. Corée du Sud). Notre filet social nous protège, car nous avons su faire un business de la pauvreté, du chômage, du sous emploi, soit le traitement social de la crise (qui est permanente en France depuis 1975). Je pourrais rajouter tout le business des inactifs (étudiants et retraités). Est-ce que notre filet social ne deviendra pas notre linceul ? La question, comme toute théorie, est trop générale pour avoir une réponse simple et adapté à chaque cas particuliers.

  • 31 mars 2009 à 15 h 10 min
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    N’oublions pas que , comme disait Keynes, sur inspiration de G.E. Moore, définir l’avenir à partir du passé revient à nier la capacité d’innovation et de nouveauté…
    En effet, l’environnement a bien changé depuis les étude de Kondratieff (c’était dans le année 1930 qu’est apparu sa théorie).
    Je pense que les choses qui se produisent ne sont que des coïncidences car aucune crise n’est semblable.

  • 31 mars 2009 à 18 h 41 min
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    Lorqu’on dit que l’histoire est un éternel recommencement, on essaye de définir ce qui est résilient dans le grand livre de la communauté humaine. Comme l’histoire elle-même est une interprétation de la réalité, tout le temps réécrite, on peut toujours trouver des similarités, pas forcement des coïncidences. Et puis, Kondratieff réfléchit sur des demi-cycles de 25 ans, soit une génération : le temps du changement.

  • 1 avril 2009 à 10 h 07 min
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    merci de tous vos commentaires.
    Il y a des choses qui changent, mais d’autres pas, notamment la nature humaine qui est semblable au cours des siècles.
    On en revient toujours aux mêmes erreurs, mêmes exagérations, qui ce soit sur le bulbe de tulipe ou autres.
    En ce qui me concerne peu importe que ce soit 25 ans, 3ans etc, c’est la finalité qui est la même.

  • 1 avril 2009 à 12 h 16 min
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    Le consensus suisse devrait être une marque déposée !

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