Les taux montent, mais qu’en est-il des taux réels ?

Une discussion intéressante au téléphone hier avec mon ami Pierre.

Oui les taux montent depuis 6 mois comme on le voit sur le graphique ci-après.

Par contre, sur une très longue période, cette hausse semble ridicule.

Mais qu’en est-il du taux réel ? La BCE nous donne une rapide définition de ce qu’est le taux d’intérêt réel

Les taux réels sont, suivant les périodes, positifs ou négatifs

Voici un graphique sur 100 ans aux Etats-Unis d’Amérique (source : https://www.longtermtrends.net)

Et sur 10 ans

Les taux réels sont donc toujours et encore négatifs et ceci (exception faite de 2018- 2019 et 2015-2016) depuis 2011.

C’est donc le jeu de l’épargnant perdant ! (trouvé sur internet)

L’inflation n’est pas non plus sans conséquences pour les épargnants. Imaginons que vous placiez 1 000 EUR dans un bon de caisse d’une durée d’un an, qui offre un rendement net de 1,50 %. Dans un an, vous récupérerez 1 015 EUR, soit le capital de départ plus les intérêts. 

Imaginons à présent que l’inflation, au cours des douze prochains mois, s’établisse à 3 % environ. A cause de l’inflation, les 1 015 EUR que vous récupérerez dans un an vous offriront un pouvoir d’achat moins élevé que les mêmes 1 015 EUR d’aujourd’hui. On peut ainsi calculer que ces 1 015 EUR dans un an correspondent en réalité à 985 EUR aujourd’hui. 

Conclusion, si on ramène tout en euros d’aujourd’hui, vous prêterez 1 000 EUR et n’en récupérerez que 985. C’est ce que l’on appelle un taux réel négatif : le taux nominal est positif (1,50 %), mais le taux réel est négatif à cause de l’inflation.

Je pourrais même vous faire une démonstration par l’absurde. Vous me prêtez de l’argent à -10% annuel, mettons 1’000.-. dans une année je vous rends 900.-.

Suis-je un escroc (bienveillant ?). Tout dépend, car il faut regarder le taux réel ! Si l’inflation est de 20% vous serez gagnant en terme réel.

J’ai souvent expliqué que le taux nominal ne correspondait pas à la réalité économique finale.

Pour s’en rendre compte, Il suffit de demander à un Zimbabwéen ou un Vénézuélien ce qu’il en pense.

Avant de partir, voici encore un graphique très long des taux réels mondiaux.

Happy Negative Rates

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4 réflexions au sujet de « Les taux montent, mais qu’en est-il des taux réels ? »

  • 18 février 2021 à 18 h 27 min
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    Votre démonstration est pleine de bons sens. Je dis cela parce que vous n’imaginez pas le nombre de personnes (même celles dites ‘cultivées’) qui ne pensent jamais qu’il faut déduire l’inflation courante de son pouvoir d’achat. C’est une piqûre de rappel des plus utiles.

    En parallèle et en parlant de pouvoir d’achat, on constate à cause de la covid, de plus en plus de ‘défaillances’ de productions industrielles qui font augmenter des produits finis. La liste de ces produits risquent de s’allonger. C’est également une forme d’inflation puisqu’à la fin le consommateur paiera le produit plus cher avec le même niveau de pouvoir d’achat.

    Une question de néophyte :

    – Si l’inflation augmente, pourquoi certaines banques centrales continuent-elles à imposer des taux négatifs qui ne sont pas ajustées au taux d’inflation courant (je pense au hasard à la BNS, il me semble qu’ils n’ont pas annoncé une baisse de leur taux négatif à moins que j’ai raté l’info) ?

  • 18 février 2021 à 21 h 20 min
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    Le retour de l’inflation
    L’inflation est inévitable, historiquement. Elle pénalise les capitaux qui ne sont pas investis dans le risque. Car la mission du capital, sa justification économique et sociale, c’est l’investissement à risque. Et cela a toujours été le cas. Avec le système fiscal suisse, le bénéfice distribué sur les capitaux, qu’ils soient investis à risque ou à rente, est imposable. Par contre, la croissance du capital investi à risque n’est pas imposée. A la différence du capital investi à risque, il n’y a pas de croissance possible de la valeur du capital investi à rente. Certes, un bon rendement fait monter quelque peu la valeur du capital investi à rente, mais à la fin, celui-ci est toujours restitué à son nominal.
    Autre observation. La baisse des taux est fonction de la masse de monnaie en circulation. Plus les capitaux sont abondants, moins leur rémunération est élevée, qu’ils soient placés à risque ou à rente. En abusant de la capacité d’émettre de la monnaie, les Etats maraudent très clairement les détenteurs de capitaux. Les banques n’ont plus besoin des déposants : il leur suffit de s’adresser aux banques centrales. Ce phénomène relève de la mise en œuvre du collectivisme dans la philosophie trotskiste.
    L’Etat s’estime mieux apte à choisir la destination des capitaux que les détenteurs de capitaux. L’Etat se substitue peu à peu aux détenteurs de capitaux dans le fonctionnement de l’économie. C’est très exactement cela la définition du régime économique communautaire (ou communiste). Il suffit de lire l’inventaire des actions acquises par exemple par la Banque Nationale Suisse, pour en constater l’actualité.
    L’Etat ne redoute pas la perte de contrôle, puisqu’il a le pouvoir d’émettre de la monnaie en quantité illimitée. Pourtant cette perte de contrôle est effective lorsque la destination des fonds créés par les banques centrales ne vont pas vers l’investissement, mais viennent remplacer les ressources provenant du travail. La force productive des récipiendaires n’est plus sollicitée. Il n’y a plus de relation entre l’argent reçu et une activité économique déployée. Ces fonds distribués, mis sur le marché, ne correspondent pas à une production de biens et services. Cela crée alors un décalage entre la masse des revenus, qui augmente, et la masse de la production, qui stagne ou du moins n’évolue pas dans la même mesure. A production égale, il en résulte inévitablement un renchérissement des prix. Et accessoirement, la concurrence de la rente distribuée sans production par l’Etat sort “vainqueur” face à la rente distribuée par l’entreprise en échange d’un travail productif. Le chômage des ouvriers, des patrons, des indépendants est la règle, le travail devient un privilège.

    Certes, l’importation de biens et de produits depuis des pays où le coût de la production est moindre permet de rétablir l’équilibre. Mais cela n’est que provisoire. Pour que l’équilibre de la balance commerciale dure, il faut que les pays importateurs puissent exporter à un niveau qui couvre leurs importations. Le cas est rare, mais il existe. Tel a été le cas notamment de la Suisse, pendant longtemps. La Suisse a connu – paradoxalement – une progression positive de sa balance commerciale lorsque le niveau du franc suisse montait. Les importations coûtent moins, alors que les exportations rapportent plus. Cela ne peut normalement exister que si la production porte sur des produits de niche, peu exposés à la concurrence. Mais cela peut aussi tenir au fait que la demande pour la monnaie du pays est importante, sans que cela tienne à l’activité économique. Dans ce cas-là, ce n’est pas le fonctionnement de l’économie qui justifie l’équilibre, mais l’humeur du marché, ce qui est beaucoup plus dangereux. Si, avec ses produits de luxe, de niche, la Suisse a montré longtemps qu’elle pouvait surfer sur sa balance commerciale, cet avantage a tendance à s’effacer au profit d’une attractivité abstraite de sa monnaie. Or, cette attractivité, toute séduisante qu’elle puisse paraître, n’est en réalité que la contrepartie de l’aversion du public pour les autres monnaies.
    Désormais, la Suisse peut moins compter sur sa production de biens et services, qui sont devenus hors de prix, et parfois carrément médiocres, que sur l’attractivité de sa monnaie, qui est essentiellement subjective. On voit d’ailleurs la monnaie suisse monter lorsque le marché mondial faiblit et baisser lorsque le marché mondial se renforce. L’économie suisse n’a plus guère de rôle stabilisant dans un tel contexte. La situation de la Suisse est donc fragile. La balance économique de la Suisse peut parfaitement briller ou plonger en fonction du cours de sa monnaie, sans que cela soit en lien avec l’activité économique du pays. Lequel ne représente que 1 millième de la population mondiale. Des pays comme la Suède ne sont pas aussi affectés par l’humeur du marché des capitaux. Cette humeur est versatile. Jadis la livre était fortement soutenue par un rendement intéressant jusqu’au moment où le marché s’est dit que ce rendement était un signe de faiblesse. Alors la livre s’est effondrée. Uniquement pour une question d’humeur (humeur influencée, certes, par Soros en l’occurrence, qui avait acquis des options put sur la livre en masse – origine de sa fortune, qu’il a bâtie sur cet effondrement).

    Par ailleurs, l’Etat prélève une taxe sur les capitaux dormants. Cette taxe est appelée ‘intérêt négatif’ au seul motif que son montant se calcule selon le même schéma que les intérêts (un pourcentage et une quotité dépendant de l’écoulement du temps). Il s’agit bien d’un impôt, ou plutôt d’une taxe, puisque son produit est distribué aux collectivités publiques. Cette taxe vient s’ajouter à l’impôt calculé sur la fortune que les détenteurs de capitaux, faute de disposer de revenus, doivent régler par un prélèvement sur leur capital. Il est vrai que ces capitaux dormants ne servent ni à l’investissement, ni à la dépense. Mais en les pénalisant à ce point, les banques centrales finissent par pousser leurs détenteurs vers les « investissements » ! Activité que ces épargnants maîtrisent mal et qui est à haut risque pour eux.
    Ce mouvement conduit évidemment à une surenchère sur les produits d’investissement dans un contexte… où les titres de participation vont vers l’assèchement. Nombre de sociétés, faute de bénéficier de cette force de travail qui leur est confisquée par l’effet des subventions versées par l’Etat aux chômeurs, ne parviennent à distribuer des profits qu’en échangeant leurs actions contre des obligations. Il est moins cher pour elles de payer des intérêts que de distribuer des bénéfices. S’il en résulte un soutien à la valeur des actions, c’est que celle-ci est liée à la concentration du capital et à ses effets comptables. Le dividende ne progresse pas nécessairement dans la mesure correspondante. A cette oncentration s’ajoute à la raréfaction des titres mis hors-jeu par leur acquisition par les banques centrales citée ci-dessus. Ce mouvement de hausse des actions n’a strictement rien à voir avec la marche des affaires. Et on se demande à quel titre une banque centrale s’autorise à percevoir des dividendes, du moment que ceux-ci sont prévus pour rémunérer le risque pris par investisseurs privés. Risque qui est non significatif pour une banque centrale.
    A la décharge des gouvernements, il faut constater que si les rentiers de l’Etat sont des gens sans travail, cela ne tient pas nécessairement à l’absence de volonté de travailler, mais à l’absence de compétence, du niveau de savoir professionnel requis pour travailler. Cela dit, tout le mal ne vient pas de cela. Car si la compétence est la clé du fonctionnement de l’économie, c’est la roublardise qui est la clé du fonctionnement du marché. Quelle roublardise ? Celle de ceux qui opèrent sur l’obscur marché des « futures ». Après la crise de 1929, ces marchés ont été assimilés à du jeu. Ils ont été interdits dans le Banking act de 1935. Belle résolution.

    C’est comme après la crise de 2009 : selon les recommandation de l’ASB et de la CFB, les prêts hypothécaires ne devaient plus jamais excéder en 1er rang le 60 % de la valeur du bien hypothéqué… Chassez le naturel, il revient au galop !
    Lorsque l’on voit la cote des actions évoluer à l’envers du bon sens, on ne peut se dire qu’une chose : ces pratiques financières insensées vont provoquer l’effondrement de l’économie. La monnaie n’est pas fait pour ça. Et si l’alternative collectiviste, engagée sous couvert d’écologie, par les Gouvernements et les banques centrales est très humanistes, on sait cependant qu’elle conduit les pays qui l’ont adoptée à la ruine. La solution reste capitaliste, avec un apport de fonds par l’Etat à des particuliers qui y engagent leurs propres fonds. Pour aboutir à des résultats, il est impératif de mettre hors du jeu économique les opérations spéculative canibales, qui ont beaucoup plus appauvri qu’enrichi. Tout au long de l’histoire de l’humanité.
    Les capitaux dormants présentent des avantages : fournir aux banques le financement en échange d’une rente, sans que l’Etat ait à concurrencer les banques. Une forme de recyclage, en quelque sorte. Leurs détenteurs sont pénalisés par l’effet d’une lente l’inflation qui correspond à l’évolution de leur âge. Inflation qui, de l’autre côté, encourage l’investissement productif réalisé avec ces mêmes capitaux, empruntés et dès lors facile à rembourser une fois réduits par l’inflation. Comme un père qui aide son fils à démarrer en affaires, la perte due à l’inflation va de pair avec le déclin des besoins de l’épargnant. Le capital de celui-ci joue ainsi parfaitement son rôle, à sa façon, dans la promotion économique du pays.

    Lausanne, le 18 février 2021

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