Distribuer l’argent de la #BNS : Une fausse bonne idée !

Aujourd’hui un long article, prenez le temps !

On lit et entend de plus en plus souvent que la BNS devrait distribuer ses bénéfices (voire même plus) aux cantons et même peut-être aux citoyens directement. La BNS et son énorme bilan affutent et exacerbent toutes les convoitises.

Voici l’évolution du bilan

Son bilan par rapport au GDP en comparaison avec les autres banques centrales

Concernant les dividendes, Liliane Held-Khawan avait déjà écrit au ce sujet :

En 2014 : https://lilianeheldkhawam.com/2014/02/24/le-mecanisme-qui-a-permis-la-suppression-des-dividendes-de-la-banque-nationale-suisse-par-liliane-held-khawam/

Et 2018 : https://lilianeheldkhawam.com/2018/01/09/dividendes-de-la-bns-le-compte-ny-est-pas-liliane-held-khawam/

Comme vous le savez peut-être, le diable se cache souvent dans les détails !

Pour mémoire, la BNS vient d’annoncer qu’elle anticipe un bénéfice de 21 milliards pour l’exercice 2020 : https://www.letemps.ch/economie/bns-prevoit-un-benefice-21-milliards-francs-2020

Avant de continuer, veuillez noter que 21 milliards rapporté au bilan de la BNS représente une performance de…. 2,1% (le bilan fin décembre vient d’être publié à 999 milliards de CHF (ou vous avez bien lu !))

Je vais commencer le propos du jour par deux questions auxquelles je vais m’efforcer de répondre : 

1 -Pourquoi la BNS emprunte et n’imprime pas tout simplement ?

2- Pourquoi la BNS ne distribue-t-elle pas 20 ou 50 voire même 100 milliards ?

Ce sont de vraies questions ! 

La BNS affiche dans son bilan un poste qui s’appelle : compte de virements 

Ce poste s’élève à fin décembre à 628 milliards de CHF. 

C’est de l’argent que la BNS doit aux banques, fonds de pension, etc. En résumé c’est une dette ! Dette sur laquelle la BNS gagne de l’argent !! 

Pour rappel, le cash déposé à la BNS est « taxé » à -0,75% (moins). C’est un système fabuleux pour gagner de l’argent alors qu’on en doit ! 

Le pire c’est que personne ne s’offusque de se faire voler de l’argent. Je tiens à vous rappeler que tous les employés (dont vous faites certainement partie) possèdent des avoirs dans leur caisse de pension et que cette dernière se voit ponctionnée sur le cash. En raccourci, on vole votre épargne. C’est un impôt déguisé. 0,75% sur 637 milliards donne ….4,77 milliards par année !

Vous pouvez relire l’article de l’illustré (Vincent Held) à ce sujet (2019): https://www.illustre.ch/magazine/bns-aspire-lepargne-suisses

En résumé :

  1. La BNS délègue la création monétaire aux banques (ce qui de mon point de vue est anormal, des instituts privés qui créent du CHF par le truchement du crédit. NB : Thomas Jordan fait bien la distinction entre monnaie centrale et monnaie scripturale à la page 3 de ce document : https://www.snb.ch/fr/mmr/speeches/id/ref_20180116_tjn/source/ref_20180116_tjn.fr.pdf )
  2. Comme évoqué plus haut, cela permet à la BNS de piquer 0,75% sur les montants déposés auprès d’elle alors que si c’était son propre argent, elle ne pourrait le taxer. Elle ne peut taxer les billets par exemple.

La BNS peut imprimer des billets article 4 de la loi fédérale https://www.fedlex.admin.ch/eli/cc/2004/221/fr (loi fédérale sur la banque nationale suisse)

La BNS peut créer du CHF ex-nihilo (lire ou relire la conférence de Thomas Jordan à ce sujet) : https://www.snb.ch/fr/mmr/speeches/id/ref_20180116_tjn/source/ref_20180116_tjn.fr.pdf

mais ceci uniquement avec une contrepartie bancaire (compte de virement / dette)

Quand une banque commerciale octroie un crédit hypothécaire, elle ouvre un montant dans ses livres (simple écriture), encaisse un intérêt sur ce montant et remet ce montant à zéro quand il est remboursé. Elle encaisse donc un intérêt un montant qui n’existe pas !

Pour la BNS c’est identique. 

Que fait la BNS ? Elle demande aux banques de lui acheter des euros ou dollars (obligations, actions etc.). En contrepartie, la BNS inscrit un montant en CHF dans le comptes de virement. La BNS doit donc un montant en CHF à la Banque commerciale. La banque commerciale inscrit de même à son bilan cette créance.

Explication rapide de Philippe Bachetta  (2016): 

« Comment la BNS crée-t-elle de la monnaie? 

Prenons l’exemple récent d’un achat de devises (qui a été au centre de la politique du taux plancher: ndlr). La BNS achète des obligations et des titres en euros auprès d’une banque suisse. Ce faisant, la BNS crédite cette banque de ces montants, ce qui augmente la monnaie; plus précisément la base monétaire. Les banques ont donc un compte auprès de la BNS, ce qui représente la plus grande partie de la monnaie. Cet argent bénéficie de taux très faibles, actuellement négatifs, mais les banques ne savent pas où placer ailleurs cet argent. »

Source : https://www.swisscommunity.org/fr/nouvelles-et-medias/revue-suisse/article/la-banque-nationale-subit-une-double-contrainte

Ndlr : En 2016, il n’y avait pas encore de taux négatifs pour les comptes de virements, mais l’explication de cet économiste est claire. Les banques créent de l’argent pour la BNS.

Fin 2016 un interpellation intéressante (et intéressée) du Conseil Fédéral par une conseillère nationale au sujet de l’argent de la BNS et la création monétaire :

https://www.parlament.ch/fr/ratsbetrieb/suche-curia-vista/geschaeft?AffairId=20161066

A laquelle le Conseil Fédéral répond clairement notamment :

2. L’émission de monnaie sans dette par la BNS et le transfert direct de l’argent nouvellement émis à la Confédération, aux cantons et aux ménages compromettraient l’indépendance et la crédibilité de la BNS. L’attribution directe d’argent nouvellement émis à la Confédération et aux cantons signifierait que la BNS finance les budgets publics. La BNS pourrait alors faire l’objet de pressions politiques considérables et cette situation pourrait conduire à une forte inflation. La création de monnaie par les banques est influencée aujourd’hui par la politique des taux d’intérêt de la BNS. En effet, les conditions régissant la création de monnaie ne sont pas dictées par les banques mais définies dans un cadre donné (soit les prescriptions en matière de réserves minimales, de fonds propres et de liquidité). Les banques peuvent allouer des crédits et créer de la monnaie scripturale uniquement à hauteur de la demande de crédits. Une banque centrale indépendante et l’interdiction de financer les budgets publics par le biais de l’argent créé par celle-ci sont des conditions idéales pour la stabilité des prix et une conduite efficace de la politique monétaire.

Ainsi, la BNS ne peut pas distribuer ces montants aux cantons ou peuple, puisque c’est une dette et qu’elle a comme créancier les banques commerciales.

La BNS pourrait tout au plus distribuer le bénéfice qu’elle en tire (si elle en tire un).

Le problème de la BNS c’est qu’elle joue au Jass (poker ?) en montrant son jeu.

Si vous pensez que les hedge funds ne se rendent pas compte que la BNS est prise au piège, vous vous trompez. Ce sont eux qui ont régulièrement assiégé le taux plancher de 1,20 jusqu’à le faire sauter. Pour l’instant, la BNS ne peut que voir le CHF s’apprécier contre les autres monnaies.

La BNS est bien coincée, car il lui est impossible de retourner le position sans devoir vendre ses positions euros et racheter du franc suisse et  donc de le faire monter. 

Voilà pourquoi elle ne distribue pas 40 ou 50 milliards. (pour info la BNS a des réserves de change pour des distributions futures) 

C’est parce que ce n’est pas son argent, que la BNS ne peut pas le distribuer. 

Elle distribue seulement les bénéfices réalisés avec l’argent des autres (le nôtre).

Si la BNS distribuait gros, elle engendrerait de l’inflation alors que sa mission est la stabilité des prix.

Si imprimer rendait riche, le Zimbabwe ou le Venezuela seraient les pays les plus riches aujourd’hui. On voit que c’est même exactement le contraire. Ce sont des pays ruinés.

Ce que je pense c’est que (pour l’instant) le CHF est une valeur refuge et que c’est uniquement parce que la confiance (souvent mentionné) est là que le CHF reste fort.

Que va-t-il arriver ? Je ne le sais pas vraiment (c’est probablement aussi le cas pour M. Jordan et cie) car c’est allé tellement loin dans la création monétaire qu’il est impossible de revenir en arrière sans que cela fasse des dégâts. 

Comment revendre toutes ces monnaies sans que le CHF ne se renforce ?

Comment éviter l’inflation ?

Mon premier scénario reste que la BNS va subir de lourdes pertes sur ses investissements (défauts des pays dont elle détient les obligations par exemple), le CHF devenant aussi super fort.

Mon deuxième scénario reste que le CHF pourrait perdre sa crédibilité et s’effondrer. Nous verrions alors une énorme inflation.

Super allez-vous me dire.

Dans ce deuxième cas, la BNS va faire de gros bénéfices ! Oui son bilan va gonfler par des gains sur les devises et ensuite ? Si elle revend toutes les devises, elle va renforcer à nouveau le franc suisse. Le jeu à qui perd gagne ? (ou qui gagne perd ?). Mais le bénéfice ne sera qu’à court terme.

Au risque de me répéter, la BNS a réalisé 21 milliards de bénéfices. Bravo ! 

Imaginez si la BNS perd 15% ce sera une moins-value de 150 milliards.

Pour information, à ce jour, les fonds propres de la BNS s’élèvent à 183 milliards de CHF, soit 18% environ du bilan.

Et si la BNS perdait 200 milliards ? Les FP passeraient négatifs, donc techniquement une banque centrale en défaut.

La Confédération devra-t-elle venir en aide à la BNS en lançant un immense emprunt qui augmentera la dette de la Suisse ? A ce moment-là,  peut-être, le CHF va s’affaiblir.

Ou autre idée saugrenue de ma part, la BNS imprime 200 milliards en billets de 1’000.- (inflationniste je pense) soit 200 millions de billets. Actuellement il n’y a que 89 milliards de CHF en billets (30.12.2020 voir le bilan plus haut)

Il existe aussi un point important dans la loi sur la BNS. Cela concerne les actionnaires (canton, banques cantonales et particuliers).

Si la banque Centrale fait défaut et disparaît, une nouvelle banque centrale peut voir le jour. Que cela signifie-t-il pour les ancien actionnaires ? Ils recevront la valeur nominale de leur actions, soit 100.- (elle cote aujourd’hui 4’990.-) plus un intérêt équitable (Art. 32) pour la période postérieure à l’entrée en vigueur de la décision de liquidation.

Je vous mentionne à nouveau un livre très pointu sur le sujet : Dépossession de Liliane Held-Khawan

Disponible : https://reorganisationdumonde.com/produit/depossession/ ou https://www.payot.ch/Detail/depossession-liliane_held_khawam__marc_chesney-9782970126201 (pour les suisses) ou

Tout vous est expliqué concernant le ratio de Bâle III ou le HQLA

Voilà tout cela est intéressant, mais la question reste en suspens ! 

Que va engendrer la BNS avec sa politique ?

De l’inflation probablement. Tout ce jeu finira très mal c’est sûr et impossible d’y mettre un terme sans souffrir !

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16 réflexions au sujet de « Distribuer l’argent de la #BNS : Une fausse bonne idée ! »

  • 29 janvier 2021 à 13 h 32 min
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    100% d’accord

    Le problème avec les politiques (et pas seulement car c’est le problème avec le 99.9% des citoyens) est le fait qu’ils n’ont aucune connaissance et compétence technique en la matière. C’est pour cela que même des Lüscher ou Maillard et autre Bendahan demandent que la BNS en fasse plus pour affaiblir le CHF et/ou devrait donner plus aux Cantons (vu plusieurs fois sur Infrarouge ces dernières semaines) … Ils ont beau être universitaire, mais ont du suivre la filière Théologie ou Littérature …

    J’ai très souvent ces dernières années évoqué la problématique de la BNS avec des gens autour de moi qui m’ont très vite rétorqué : « mais ce n’est pas vrai ce que tu nous dis ! Au sein de la BNS et au Parlement (politiciens) ils savent ce qu’ils font, ce sont des professionnels »

    Au même titre que lorsque j’expliquai comment la banque inscrivait une ligne de crédit dans ses comptes lors d’octroi de crédit hypothécaire et décaissait donc de l’argent qui n’existait pas ! Toujours les mêmes remarques : « ce n’est pas possible, c’est faux ce que tu nous racontes »

    Bref, l’autre problématique depuis presque 1 an désormais est le signal (pas Signal ou Signal Advence 🙂 ) donné au peuple (politiciens y compris) est que L’ARGENT N’A PLUS AUCUNE VALEUR ! Les gens n’arrivent même plus à s’imaginer ce que représente 10 milliards ou 1’000 milliards. C’est devenu tellement abstrait et « normal » qu’on se fasse arroser, qu’il semblerait que l’on puisse faire pousser des billets de 1’000 dans notre jardin sans que cela ne pose un réel problème …

    Incompétence et mauvaise image ne sont que le reflet de notre société additionné aux près de 2-3 milliards de mouton 2.0 et followers en tout genre, voilà le résultat.

  • 29 janvier 2021 à 14 h 13 min
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    @Crottaz : excellent travail et analyse, et vous amenez même des scénarios de solution. Peut-être le plus étoffé de vos posts sur le sujet (je ne les ai toutefois pas tous lu). Comme quoi être un patriote utile ne se limite pas à tenir un lampion ou faire un discours le 1° août.

    Est-ce une exclusivité de la BNS ou d’autres BC ont-elles également le même environnement juridique et législatif qui leur permettraient d’agir ‘légalement’ de la même manière ?

    Quant à la solution et au fait que vous vous étonniez du silence ou du manque de réaction (sauf quand il s’agit pour les cantons de tendre la main pour encaisser les fonds pour se partager le gâteau) :

    “Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise.”

    Il n’y a donc officiellement pas encore assez de ‘crise’ en Suisse et/ou de danger d’intentions d’éléments perturbateurs en vue (hedge funds pariant contre la BNS/CHF) pour remettre ce ‘système’ en cause.

  • 29 janvier 2021 à 21 h 43 min
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    La BNS devrait acheter 4-5000 tonnes d’or et la Suisse se doter d’une force de frappe nucléaire.
    Aussi distribuer des masques gratuites à tout les citoyens. Masque ABC pas Covid.
    Aussi rendre obligatoire dans les écoles des bons cours d’économie de la plus jeune age.
    Vote à 21 ans naturalisations après 25 ans en Suisse.
    Juste quelques idées.

  • 30 janvier 2021 à 7 h 17 min
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    ah ! l’argent, l’argent. Le mot est déjà un mensonge. L’argent, ce n’est pas de l’argent. C’est du papier-monnaie. Un billet, c’est un bête chèque au porteur non daté. Même le billet de papier-monnaie reste abstrait : un bout de papier avec un chiffre dessus. Ce qui suscite son intérêt, c’est ce que les gens sont disposés à vous donner contre ce billet. Combien d’heure de travail vais-je obtenir avec ce billet de mille. Quel chantier vais-je pouvoir réaliser, avec ce paquet de billets de mille. Mais aussi, quelles vacances vais-je pouvoir m’offrir. Quelle part d’impôts. Et si je ne sais pas qu’en faire pour l’instant, dans quelle banque vais-je pouvoir le mettre avec l’assurance qu’elle me le rendra quand je le lui demanderai.

  • 30 janvier 2021 à 7 h 22 min
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    Tandis que l’or physique, c’est de l’argent. C’est d’ailleurs mieux que l’argent physique. ça tien mieux la cote et ça ne s’oxyde pas. Et pour ne pas payer la TVA, il faut acheter des pièces d’or. Pas des lingots. De préférence es pièces émises par un pays où cet argent a cours légal. Eh oui, ça existe. Par exemple, la pièce de Kruggerrand a cours légal. L’achat d’un kruggerrand or est une opération de change, non un achat d’or.

  • 30 janvier 2021 à 7 h 38 min
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    L’argent papier émis par les banques centrales est un instrument pour faciliter l’échange de biens et services. Son volume est fonction du volume d’affaires en cours. Un point c’est tout. Lorsqu’il devient un instrument en mains de politiques, il transforme le politicien un banquier sans diplôme. Ce politicien-banquier agit à la manière d’un gars qui a gagné à la loterie. Il donne une partie de son agent aux copains-électeurs qui l’ont élu. Ou achète ses adversaires pour les neutraliser. Cet argent sert à des dépenses discrétionnaires, au train de vie de ceux qui le reçoivent. Il peut aussi donner du travail aux chômeurs en créant des chantiers publics ou encore en cautionnant des entreprises privées. Et là, en contrepartie de l’argent, quelque chose est produit par ceux qui le reçoivent comme salaire en échange de leur travail. L’argent contribue, dans ce cas, à l’accroissement de la richesse nationale, qu’elle soit en mains publiques ou privées. Et les moyens de productions ainsi réalisés servent à la production finale de biens et services discrétionnaires. Dans cette seconde hypothèse, l’argent dépensé par le politicien-banquier ne diffère pas de l’argent prêté par le banquier : il aboutit à une production de bien et service dont la valeur est proportionnelle à l’argent distribué. Tandis que dans le premier cas, celui de l’argent distribué destiné directement aux dépenses discrétionnaires, il n’a aucun effet sur la production de biens et services. Dans ce cas, la masse d’argent à disposition augmente sans augmentation correspondante des biens et services à consommer. C’est là le fondement de l’inflation, qui devient inévitable.

  • 30 janvier 2021 à 7 h 52 min
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    Troisième abus dans l’utilisation de la monnaie : l’échange de monnaies. Lorsqu’il es possible d’échanger une monnaie contre une autre, celui qui procède à une opération de change intervient sur la valeur des monnaies échangées. La monnaie vendue perd de sa valeur et la monnaie acquise augmente de la valeur de celle-ci. Mais il n’y a aucune corrélation entre la valeur d’échange de la monnaie et la quantité de biens que l’on peut se procurer avec cette monnaie. La preuve : si, comme suisse, j’achète des euros, je peux louer une chambre d’hôtel à bon compte à Lyon. Et si, comme suisse, j’achète des couronnes suédoises, la chambre d’hôtel à Stockholm va me coûter la peau de fesses. Pourquoi ? parce que la valeur de la monnaie est moins guidée par les échanges réels que par les échanges spéculatifs. Le volume de monnaie échangé dépasse de loin les besoins de dépenses de ceux qui font le change. Ce volume tient pour l’essentiel à la spéculation au sens propre à savoir : j’achète cette monnaie à ce niveau parce que je pense que le pays qui l’émet va mieux fonctionner que celui d’où provient la monnaie que je détiens. Il se crée alors des distorsions : faute de pouvoir limiter l’échange de monnaie, les banques centrales interviennent. En particulier celles des pays dont la monnaie est sollicitée : pour éviter une hausse injustifiée de la monnaie, ces banques en émettent tant et plus, pour désaltérer le marché. Mais cela n’a plus rien à voir avec le rôle premier de la monnaie qui est de fournir un instrument d’échange entre individus.

  • 30 janvier 2021 à 8 h 06 min
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    L’inverse est impossible. Les banques centrales des pays dont la monnaie n’a pas la cote devraient pouvoir réduire la masse de monnaie, pour garder à celle-ci sa valeur. Or, la réduction de la masse de monnaie suppose que le pays dispose de monnaie étrangère pour racheter sa monnaie nationale. La seule solution, c’est d’emprunter aux états qui ont la côte et le coût de cet emprunt est d’autant plus élevé que la monnaie concernée n’a pas la cote. Il est faux de dire que cela est parfaitement logique et, donc, normal. La cote de la monnaie n’a pas vraiment de lien automatique avec la qualité de l’économie d’un pays. Car la monnaie d’un pays est vue du point de vue du spéculateur comme un instrument de placement et non comme un outil d’échange. C’est donc bien la thésaurisation de la monnaie qui joue un rôle dans la fixation de sa valeur et cette valeur n’a pas de lien automatique avec le fonctionnement de l’économie : je peux acheter des Kuggerrand, non pas parce que l’économie sud-africaine fonctionne, mais parce que sa monnaie est alignée sur l’or. L’étalon or a donc le mérite d’apporter un stabilité à un pays dont la monnaie, sans cela, ne serait pas courtisée. Cela lui donne une solidité qui permet à son économie de fonctionner sur la base d’un financement peu coûteux. La monnaie non alignée sur l’étalon or, n’est pas faite pour être thésaurisée. Celui qui garde son argent en cash ou sur un compte d’épargne ou tout instrument bizarre équivalent qui promet des grains sans risque de perte ne touchera finalement qu’un revenu inférieur à la dévaluation que toute monnaie comporte, précisément pour éliminer ce genre de blocage improductif de cet instrument d’échange.

  • 30 janvier 2021 à 8 h 21 min
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    Au vu de ces considération, le pays dont l’économie est forte et dont la monnaie est en même temps sollicitée comme instrument de placement, s’il émet de la monnaie non plus pour accompagner le volume d’affaires de son économie, mais pour des motifs tenant à la spéculation sur sa monnaie, prend un risque très considérable. Il suffirait que la cote de ce pays se modifie, qu’il perdre plus ou moins sa cote face aux investisseurs, pour que sa monnaie s’effondre et son économie avec. Un seul pays n’a pas ce problème : les USA. Car sa monnaie est universelle. Tu le chasse par la porte et il revient par la fenêtre. Parce que c’est une, pardon LA, monnaie des échanges internationaux. La suède, la Norvège, auraient pu faire comme la Suisse : rendre leur monnaie sexy, notamment en la proposant comme instrument de placement. Il ne l’ont pas fait et ne courent donc pas ce risque d’effondrement. En revanche, la Suisse à un carrefour. Sous prétexte que l’argent peut servir à des opérations illégales, les opérations légales en argent y sont progressivement interdites. Or, si les opération en argent sont interdites, alors la monnaie perd progressivement de son attractivité. Il suffit désormais de peu pour que la monnaie suisse perde sa cote et devienne une simple monnaie nationale comme d’autres. Les banquiers étrangers l’ont bien compris : nombre de banques étrangères ont déjà quitté la place suisse et celles qui y sont encore ne vont pas tarder à suivre. Cela veut dire qu’à moyen terme la place financière suisse, qui reposait essentiellement sur le libre échange de monnaie suisse ou étrangères, va disparaître. Elle disparaîtra au profit de Londres, qui va récupérer l’ensemble des opérations et dépasser de la tête, de épaules, de la taille et des chevilles les autres grandes places mondiales. Il n’y a donc aucune raison objective, aussi pour le spéculateur strict, de parier sur la pérennité de la monnaie suisse. Bon. Les suisses pourront encore aller passer de vacances en Bulgarie ou en Moldavie : là, leur monnaie vaudra encore quelque chose….

  • 30 janvier 2021 à 10 h 39 min
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    @Crottaz : effectivement, une opération de communication sous-entendue de ‘solidarité’ (coup de pouce) dans l’air du temps mais ce n’est que l’arbre qui cache la jungle. Cela ne change en rien la problématique de fond soulevée dans votre post.

  • 1 février 2021 à 9 h 39 min
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    notre conseiller maurer indique à la presse que la confédération contribue à la relance à raison de 6 millions à la minute. On a de la peine à comprendre. Il doit s’agir d’une contribution de la confédération aux caisses chômage. Non de contribution à l’investissement (grands travaux, capital risque). La contribution à l’investissement seule est apte a favoriser la récupération économique. La contribution aux dépenses des ménages n’a qu’un effet : provoquer l’inflation avec effets retard. Ce qui devrait provoquer avec effet retard la hausse des taux et donc… la baisse des valeurs.

  • 11 février 2021 à 9 h 31 min
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    Ces entrepreneurs suisses à l’export (et dont je suis avec 95% de clients hors de Suisse) qui tirent la langue avec un CHF trop élevé et qui demandent une intervention de la BNS :

    “Ce franc fort que l’on oublie”

    https://www.letemps.ch/economie/franc-fort-lon-oublie

    Je n’ai pas adressé de doléances à la BNS ni à Mr Jordan, sachant en retour ne recevoir qu’une réponse standard et convenue soit la même pour tout le monde. En même temps, je peux comprendre que la situation actuelle (pandémie) n’est pas idéale pour un nouveau taux plancher.

  • 11 février 2021 à 9 h 39 min
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    Il faut voir depuis l’autre côté de la lorgnette.

    Le franc suisse n’est pas fort, il est le moins faible des monnaies.

    Voltaire disait déjà en son temps : « Une monnaie papier, basée sur la seule confiance dans le gouvernement qui l’imprime, finit toujours par retourner à sa valeur intrinsèque, c’est-à-dire zéro. » De même que le Général de Gaulle affirmait : « Parier contre l’or revient à parier sur les gouvernements.

    On ne devrait pas se plaindre d’avoir un faible endettement et une monnaie forte.

    Je vais remettre en ligne mes articles avec la comparaison chf contre frf et gbp

    La Suisse a toujours vécu avec une chute vertigineuse des monnaies étrangères, rien de nouveau malheureusement

  • 11 février 2021 à 10 h 26 min
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    Vous avez raison @Crottaz, tout est dans le différentiel, également une déformation professionnelle de l’entrepreneur qui a cet automatisme intellectuel inconscient de se demander s’il pourrait faire mieux que l’autre (dans le cas présent Mr Jordan) pour résoudre la problématique. Je pense que cela doit aussi vous dire quelque chose.

    ‘On ne devrait pas se plaindre d’avoir un faible endettement et une monnaie forte.’

    – Cela se discute. Pour ma part j’y vois d’abord une certaine culture (mentalité) qui a pour origine le protestantisme suisse allemand et qui qui s’est imposée en Suisse. Mais quand cela devient obsessionnel, cela enlève toute réponse plus agile et adaptée à la situation. Toute proportion gardée, l’endettement des états est également une question de différentiel. Encore une fois à quoi cela nous servira-t-il de nous asseoir sur une monnaie forte alors que tout s’écroulerait économiquement autour de nous ? On en arrive à imposer des taux d’intérêt négatifs pour essayer de s’en sortir et cela nous fait en Suisse également des dégâts (CHF fort à l’export + taux d’intérêt négatif au niveau domestique = double peine).

    Je n’ose même pas imaginer si Mr Jordan était presbytérien (je plaisante).

  • 13 février 2021 à 14 h 15 min
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    De plus, pourquoi toujours vouloir mettre en avant une balance commerciale positive comme argument principal d’une bonne santé économique d’un pays ?! (sauf si l’on est une entreprise exportatrice exclusivement 🙂 )

    La force d’un pays ne pourrait-elle pas résider principalement à travers une forte consommation intérieure ? Un taux élevé d’épargne ? Un pouvoir d’achat supérieur ?

    Bien sûr une monnaie forte attise le tourisme d’achat massif … et la consommation intérieure en prend un coup !

    Mais une monnaie forte permet aux entreprises intérieures et aux investisseurs de faire venir en Suisse les meilleures technologies, les meilleures entreprises, les meilleurs ingénieurs/développeurs, les meilleures machines … etc et par ce biais doper la consommation intérieure par la même occasion.

    Il me semble si je me trompe que la Silicon Valley ne s’est pas créée avec un dollar à 50 centimes !!! Et on a vu le résultat de ce pole technologique dès le milieu des années 90 et on voit encore aujourd’hui ce qu’il (r)apporte aux Etats-Unis … 

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