Avertissement concernant la “roulette suisse” de la Banque Nationale

Le très sérieux journal TagesAnzeiger sort un article ce matin sur les risques pris par la Banque Nationale Suisse (BNS) : Warnung vor demSchweizer Roulettetschaft Konjunktur tagesanzeiger

Ci-après la traduction française de l’article en Allemand

Deux économistes allemands déconseillent d’investir en Suisse. La politique de la BNS pourrait mettre le pays en faillite.

“Nous déconseillons de placer de l’argent en Suisse et d’acheter des francs suisses.” Cet avertissement a été publié ce week-end par les deux économistes allemands Matthias Weik et Marc Friedrich (voir leur société : https://www.fw-fonds.de/ ) sur la plateforme d’information suisse Infosperber. La raison de leur mise en garde est la politique de la Banque nationale suisse (BNS).

Soit le président de la BNS, Thomas Jordan, est un génie, soit il joue à un nouveau jeu:  “la roulette suisse”. Les deux compères font ainsi allusion à la roulette russe potentiellement mortelle dans laquelle un joueur tient un revolver sur sa tempe avec une seule balle dans le barillet et espère que la balle ne sera pas pour lui. “Si la politique de la BNS en matière de banque centrale tourne mal, la Suisse sera de facto en faillite du jour au lendemain”, justifient les économistes.

Ils justifient leurs avertissements avec les deux points les plus importants de la politique monétaire suisse confirmés par la BNS jeudi dernier : Les taux d’intérêt négatifs et les achats de devises par des francs nouvellement créés pour éviter une appréciation excessive du franc. Au vu de cette politique, la Banque nationale est «en charge de la manipulation des devises».

Les deux économistes jugent durement l’achat des devises étrangères ( ce que la BNS n’a pas fait depuis l’été 2017) mais la BNS continue de rester ouverte. Avec 778 milliards de francs suisses, les réserves accumulées représentent environ 94% du bilan de la BNS, qui a atteint 830 milliards de francs suisses. Même avant la crise financière, ils étaient relativement stables dans la fourchette de 50 milliards de francs. Le bilan de la BNS dépasse donc le produit intérieur brut de la Suisse (124%). Comme les auteurs le déclarent, aucune autre banque centrale au monde n’a un bilan aussi gonflé.

Plus d’actions Facebook que Zuckerberg

Les deux économistes ont également du mal à comprendre le poids de la Banque nationale sur les marchés boursiers, où elle a investi environ un cinquième de ses investissements en devises. Par exemple, elle possède plus d’actions Facebook que son fondateur, Mark Zuckerberg. Les réserves de change lui permettent même avec de petits changements d’évaluation des profits très élevés, mais ils risquent aussi des pertes gigantesques.

“La Suisse est sous l’emprise de la BCE, de l’euro et des marchés boursiers”, ont résumé Weik et Friedrich. Pour la désintégration de l’Europe et l’effondrement de l’euro, les Suisses avaient même fait des préparatifs militaires. Ils font référence aux exercices de l’armée suisse “Stabilo Due” de 2012 et “Conex 15” de 2015.

Matthias Weik et Marc Friedrich sont surtout connus en Allemagne pour des livres tels que “Le plus grand raid de l’histoire ( Der grösste Raubzug der Geschichte) “, “Le crash est la solution ( der Crash ist die Lösung )”, “Erreur capitale ( Kapitalfehler) ” et “Sinon, ça va taper! ( Sonst knallt’s! )”. Tous les travaux sont un avertissement, une alarme. Les deux auteurs se considèrent comme des francs-tireurs.

Mais ils ne sont pas les seuls à critiquer la BNS. Des voix commencent à se faire entendre et vont dans le même sens que celui des deux économistes allemands. La BNS est également soupçonnée de manipulation monétaire par le gouvernement américain, par exemple. Par conséquent, elle est sous surveillance au Trésor américain depuis un certain temps et pas seulement depuis que Donald Trump est entré en fonction.

La critique de l’ex-économiste en chef de la BNS

Sur le plan intérieur, le ministre des Finances, Ueli Maurer, a déjà fait la une des journaux en mettant en garde contre un bilan trop volumineux. Les critiques les plus sévères, cependant, sont les taux d’intérêt négatifs.

Des commentaires critiques émanent même des propres rangs de la BNS. Ainsi, l’ex-économiste en chef très respecté de la banque centrale, Kurt Schiltknecht, ne cache pas son rejet de cette mesure. Dans un commentaire et une contribution vidéo de la Neue Zürcher Zeitung, il a déclaré que le coût des taux d’intérêt négatifs – des taux extrêmement bas, de gros problèmes pour les fonds de pension, les épargnants et les banques – ne serait pas comparable. Les mesures d’urgence en cours prises par la BNS sont d’autant moins bien comprises que l’économie suisse se porte toujours très bien.

Néanmoins, la politique de la Banque nationale ne devrait pas changer avant un certain temps. Personne ne s’attend à ce que les taux d’intérêt augmentent avant la fin de l’année prochaine et les taux d’intérêt négatifs ne devraient pas prendre fin avant 2020. Cela est principalement dû au fait qu’ils ne veulent pas risquer une nouvelle appréciation du franc s’ils devaient avancer avec une hausse des taux avant même la Banque centrale européenne (BCE). Deplus que la BCE ne prévoit pas de hausse de taux avant le second semestre de 2019.

Les dernières données de l’économie réelle font même craindre que la normalisation de la politique monétaire ne s’éternise. En ce qui concerne la zone euro, les indicateurs avancés tels que les indices PMI (Purchasing Managers ‘Indices’ Managers) affichent une image plus mauvaise qu’elle ne l’était depuis longtemps, et l’économie suisse s’est également affaiblie de manière surprenante au troisième trimestre, le produit intérieur brut ayant même légèrement reculé par rapport au trimestre précédent. (Editeurs Tamedia)

Créé: 17.12.2018, 20:54 heures

 

Je me sens désormais moins seul….

pour mémoire tous mes articles sur la BNS : https://www.crottaz-finance.ch/blog/tag/bns/

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8 réflexions au sujet de « Avertissement concernant la “roulette suisse” de la Banque Nationale »

  • 18 décembre 2018 à 12 h 18 min
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    On peut comprendre la mise en garde des deux Lan(d)squenets allemands Matthias Weik et Marc Friedrich d’une autre manière: Première passe d’armes dans le chantage de la BCE et de la Commission européenne à la reconnaissance de l’équivalence boursière par l’UE au 2e semestre 2019? Une chose est sûre, les deux lan(d)squenets de la finance et de l’économie ne font pas l’unanimité. Manipulation?

    La Neue Zürcher Zeitung décrit le travail comme “un autre livre de crise financière” “qui frappe un nerf important en Allemagne”. Le livre est parfois un peu sournois et concocte des théories du complot, “mais aussi de bons indicateurs pour les investisseurs”. (source: Michael Ferber: Les raids financiers et les systèmes d’État , Revue dans la NZZ , 22 novembre 2012). Je reprends l’article:

    Le livre “Raids financiers et systèmes pyramidaux”: https://www.nzz.ch/finanzen/literatur/finanz-raubzuege-und-staatliche-schneeballsysteme-1.17831684

    Le livre frappe fort les lecteurs allemands, car il se vend très bien dans le pays voisin. En partie cependant, il est un peu téméraire, comme le montre le titre. En tant qu’auteurs du “plus grand raid de l’histoire”, Weik et Friedrich voient “l’industrie financière avec l’aide de la politique et des banques centrales”, et ils répertorient également les noms des responsables de la crise financière. Le livre suscite des théories du complot à certains endroits. La société d’investissement BlackRock est présentée comme la “société la plus puissante du monde”, que presque personne ne sait, mais dans laquelle chaque employé gère statistiquement 418 823 529,41 $. “Comment cela peut-il être?”, Demandent les auteurs. Ceci est probablement également lié au manque d’éducation des citoyens allemands en matière financière.

    Les fantômes libéraux vont probablement lutter contre certaines déclarations du livre, même s’ils citent des économistes comme Ludwig von Mises. Par exemple, Weik et Friedrich préconisent l’instauration d’une taxe sur les transactions financières, ainsi que l’interdiction de la vente à découvert et de la “spéculation sur les denrées alimentaires”. Ils soutiennent également l’interdiction des produits financiers complexes et difficiles à comprendre.

    Le livre contient également de bons conseils pour les investisseurs. Avec des guillemets, il expose l’incapacité des “Kassandras de marché” autoproclamés de prédire l’évolution future des marchés boursiers et des marchés des capitaux. Weik et Friedrich signalent également les évolutions indésirables du secteur financier et donnent aux investisseurs des avertissements utiles. Ainsi, le livre est particulièrement utile pour les lecteurs peu familiarisés avec les questions financières, ce qui est un avantage.

    Par exemple, les lecteurs découvrent la pratique répandue de la rétrocession et du paiement de commissions sur l’achat de produits d’investissement et le fait qu’ils ne sont pas conseillés de manière indépendante par de nombreuses institutions financières. En outre, les auteurs conseillent aux investisseurs de se méfier des jugements des agences de notation: “Ceux qui les utilisent sont abandonnés.” Les problèmes du système dominant avec du papier-monnaie non couvert sont également abordés et les auteurs soulignent le risque de faillites souveraines. , Weik et Friedrich décrivent le système de retraite allemand comme un “gigantesque système juridique pyramidal”, qui pourrait ouvrir les yeux de nombreux lecteurs. Même l’affirmation selon laquelle, grâce à une consommation financée par crédit, personne n’a acquis une prospérité permanente, peut être signée.

  • 18 décembre 2018 à 13 h 25 min
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    Bonjour,
    Alors que le Brexit et les problèmes de certains pays de la zone plaident pour une baisse de l’Euro et que le probable assouplissement de la politique monétaire de la FED devrait engendrer une baisse du $, maintenant on nous déconseille d’acheter des francs suisses.
    Alors que reste-t-il comme refuge pour l’épargne puisque l’immobilier est partout au plus haut et que les métaux précieux continuent à consolider (à des cours particulièrement bas pour l’argent et décevants pour l’or et le platine) ?
    Eu égard au probable futur ralentissement économique, on ne peut guère compter non plus sur les métaux industriels ou énergétiques ( pétrole, uranium..)!
    Qu’en pensez-vous ?

  • 18 décembre 2018 à 14 h 37 min
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    Bonjour à tous !
    Il y a un mécanisme que je ne comprends pas bien. Admettons une vraie crise européenne : l’euro ne vaut plus rien, il s’écroule. Donc la BNS perd de l’argent sur tous ses placements en euro: OK. On fait un trou de quelques centaines de milliards. Que se passe-t-il ensuite ? Cette perte que représente elle ? Est -ce que l’Etat Suisse intervient et la transforme en dette nationale ?
    Je comprends que si cela arrive le franc suisse s’écroule face aux autres monnaies hors euro (qui lui même s’écroule), donc nos importations hors euro se renchérissent horriblement, s’ensuit une hausse de l’inflation(minime car on commerce quand même beaucoup avec l’Europe), mais est-ce que cela conduit à la faillite de l’Etat ? Au pire on se retrouve avec une dette égale à notre PIB si on perd tout ce que la BNS a créé artificiellement, c’est supportable non ? (sachant qu’on part d’une situation avec une dette nulle)

  • 18 décembre 2018 à 18 h 03 min
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    Que pouvez faire la BNS ?
    Lorsqu’ on a cru que l’Euro allait disparaître, la pression haussière sur le franc suisse se fit trés fort. Pensez vous qu’un franc suisse trop élevé ne soit pas un risque important envers l’industrie suisse ?Comment auriez vous pu éviter que les européens se jettent sur votre monnaie en risquant de l’entraîner vers des sommets jamais atteint. Effectivement, la solution choisie n’est pas intellectuellement satisfaisante mais probablement la seule qui vaille.Maintenant, il serait peut être intéressant de profiter des quelques moments d’accalmie pour revendre du dollar ou des actions américaines avant une baisse encore plus significative des marchés.Il serait intéressant de savoir si la BNS gagne ou perd de l’argent .Par contre, je trouve étonnant que les US aient pu laisser une banque centrale étrangère acheter autant d’action d’entreprise américaines ? est ce que l’administration américaine ne serait pas aussi réactive que cela ? il me semble que la BNS possède aussi de nombreuses actions des autres GAFA et devrait donc avoir de sacrés plus values latentes … POur l’instant du moins, je ne pense pas qu’il y ait un risque sur son bilan (tant que l’euro ou le dollar ne sont pas dévalués), sauf bien sûr si un pays décidait de geler les avoir libellés dans sa propre monnaie et détenu par un autre pays . Situation peu probable en effet mais sait on jamais avec le montant des dettes nationales.

  • 18 décembre 2018 à 19 h 25 min
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    Bonsoir,
    ‘La patience est la reine des vertus’, merci pour avoir abordé ce thème.

    Comme le dit Amora, c’est d’abord un bouquin qui se vend bien en Germanie. A Berne ou Zurich aussi ?

    Affirmer que la remontée des taux (BNS) par tropisme avec la BCE pour la fin 2019 me paraît hasardeux par les temps (jaunes) qui courent. Admettons par le plus pur des hasards que les élections européennes (mai 2019) fait vaciller Bruxelles (lame de fond populiste, ce n’est pas ce que je souhaite mais des ‘mains’ puissantes vont travailler là-dessus dès la fin janvier). Ce sera la panique à Bruxelles (enfin, à Berlin) et il y a une possibilité que les dirigeants de l’UE décident de calmer les ‘méchants fascistes’ à la manière de Macron il y a une semaine, à coup de relâchement budgétaire, ce qui aura un impact financier global sur l’EUR. Moscovici, le grand faux-cul incompétent de service, vient bien de faire une fleur à Macron en cas de dépassement des 3% (Maastricht). Admettons que ce relâchement ne concerne plus 1 (grand pays) mais plusieurs en même temps. A cela on rajoute une volonté du gouvernement italien de déstabiliser, l’indécision du Brexit qui dure encore et encore, etc, etc… Il y a des gros stocks de calmants en tout genre à vendre au Plat Pays et ailleurs d’ailleurs.

    Encore deux remarques à propos de la BNS et de la relation CH-UE :

    – Paradoxe total : d’un côté la Suisse (Berne) est devenu l’antichambre le plus pro-européen à Bruxelles, cela paraît provocateur mais c’est la vérité. D’un autre côté, devoir mettre en place à marche forçée le système politique en Suisse serait le pire des cauchemars s’il devait être appliqué dans l’UE. Ben oui, il n’y a qu’à voir la ‘panique’ à Paris avec la revendication de généraliser le référendum (RIC version GJ). Bon, en face des ‘gueux’, il faut dire que c’est une excellente idée, mais ils feront tout pour esquiver ou noyer le poisson (cela ne devra en aucun cas être mise en pratique, en tout cas pas comme en Suisse).

    – On est d’accord que la BNS ce n’est pas UBS ou CS (world global banking), alors pourquoi un tel manque de patriotisme de la part de notre banque centrale, pourquoi investir des sommes colossales aux USA (Apple, Facebook), pourquoi pas plutôt investir ici en Suisse (environnement, recherche, startup, énergie alternative, etc) ou alors créer son propre fond souverain comme la Norvège ?

    Nous allons vivre des temps passionnants.

    Bonne soirée,

  • 19 décembre 2018 à 1 h 48 min
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    Les intérêt négatifs sont un désastre. La valeur du temps est négatif: Vaut mieux consommer maintenant que épargner. Quelle politique suicidaire.

  • 19 décembre 2018 à 11 h 53 min
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    Que dire du FED ? Sauf que les USA ont “leur solution”. L’annulation du dollar actuel et son remplacement par un nouveau dollar. La convertibilité ne sera accordée qu’aux détenteurs “amis”. Les autres, les adversaires désignés par le gouvernement, perdront leurs créances. Comme ça, la dette US sera effacée. Et les pays concurrents seront affaiblis. Par ailleurs, il semble que l’Europe, la Russie, l’Iran, l’Inde, notamment, sont à la recherche d’un nouvel étalon monétaire pour remplacer le dollar, qui menace d’exploser. C’est ce que s’apprêtait a faire M. Strauss-Kahn du temps où il présidait le FMI. Il voulait créer une monnaie FMI qui aurait supplanté le dollar. Car personne peut être à l’aise avec un dollar dans cet état. Pour la Chine, celle-ci n’a pas prévu de modifier sa monnaie. Question d’égo. De se sentir au-dessus de la mêlée pour l’éternité,. Eternité qui, en Chine, dure longtemps.

  • 19 décembre 2018 à 16 h 23 min
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    bon. 10 % de moins-value conjoncturelle sur les titres, ça ne met pas en péril la BNS. Et puis si le CHF plonge, la BNS pourra le soutenir en vendant à bon compte son stock de monnaie étrangères. Donc, ceci montre que le fonctionnement des banques centrales est très bizarre et que faire des pronostics est très risqué…

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